Le secrétaire général de l'enseignement catholique (Sgec), Philippe Delorme, a été auditionné, ce mercredi 2 avril, par la commission d'enquête sur "les modalités du contrôle par l'Etat et de la prévention des violences dans les établissements scolaires", créée à la suite des révélations sur Notre-Dame-de-Bétharram.
Il a commencé son audition par une "pensée" aux victimes. Pendant deux heures, ce mercredi 2 avril, le secrétaire général de l'enseignement catholique (Sgec), Philippe Delorme, a été interrogé par les députés membres de la commission d'enquête dite "Bétharram" sur "les modalités du contrôle par l'Etat et de la prévention des violences dans les établissements scolaires".
"On a trahi quelque part la promesse faite à ces jeunes et à ces familles, de les aider à se construire humainement. Au lieu de cela, nous les avons détruits, marqués à vie par des sévices inacceptables", a regretté Philippe Delorme, affichant sa volonté de "tout mettre en œuvre pour que plus jamais de tels actes puissent se produire".
Au début des deux heures d'échanges, qui ont été directs et parfois vifs, le co-rapporteur Paul Vannier (La France insoumise) a interrogé Philippe Delorme sur les raisons de son courrier de novembre 2024 à la direction des affaires financières (DAF) du ministère de l'Education nationale, dans lequel il parlait de "manuel de l'inquisiteur" à propos du guide de contrôle des établissements privés – alors en cours d'élaboration –, dénonçait un "système de délation", et demandait la suppression de deux fiches : la numéro 5 portant sur la vie scolaire, ainsi que la 8 qui permet aux inspecteurs en cas de manquement d'appliquer les sanctions et d’envisager le cas échéant l’éventuelle rupture du contrat d’association.
"Ce que nous avons souligné, c'est l'état d'esprit de ces fiches de contrôle", qui "semblaient partir d'un postulat qu'il y avait forcément des problèmes et qu'il fallait obligatoirement déceler des dysfonctionnements dans nos établissements", a justifié le secrétaire général de l'enseignement catholique. A ses yeux, ce "contrôle à charge a priori" s'inscrivait dans "une démarche pas juste et pas bonne".
Autre sujet abordé : le programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), également évoqué dans la lettre de Philippe Delorme. Les trois séances obligatoires par niveau sont déjà en place dans "l'immense majorité" des établissements privés, a-t-il assuré, tout en précisant qu'un "programme" venait d'être "publié" et qu'il sera "mis en œuvre" dans toutes les écoles "à la rentrée prochaine".
Un peu plus tard, interrogé par un député sur les liens entre certaines associations qui s'opposent au programme Evars et l'enseignement catholique, le responsable a répondu "connaître et combattre ces associations qui pratiquent la désinformation, dans la plupart des cas, sur le contenu de ce programme". "Cette opposition nous allons la rencontrer chez nous comme dans le public", a-t-il admis, tout en affirmant, lors de cette audition, qu'il n'est "pas question de se laisser envahir par quelque forme d'idéologie que ce soit".
Philippe Delorme a également jugé "indispensable" que les établissements catholiques soient contrôlés. "Pendant des années" ces contrôles "n'ont pas eu lieu. Ce n'est pas notre fait", a-t-il souligné. Tout en affirmant qu'il n'est "pas contre" les contrôles inopinés, le secrétaire général de l'enseignement catholique les a jugés justifiés surtout "dans certains cas", quand il y a "des remontées d'informations préoccupantes de différentes sources" portant sur "des faits de maltraitance". Il s'est, en outre, dit favorable au contrôle des internats et du climat scolaire, rappelant que les violences sexuelles dans l'enseignement catholique ont chuté avec la fermeture d'internats à partir de la fin des années 1970.
Depuis la création de la commission d'enquête, à la suite des révélations sur l'établissement catholique Notre-Dame-de-Bétharram, "nous sommes submergés de témoignages, d'hommes en particulier, de 65, 70, 75 ans, qui aujourd'hui osent nous écrire", a fait savoir l'autre co-rapporteure de la commission d'enquête, Violette Spillebout (Ensemble pour la République). Sur d'éventuels chiffres ou autres remontées, Philippe Delorme a indiqué ne pas "avoir de statistiques à donner" aux membres de la commission : "Aujourd'hui, nous n'avons ni les outils, ni les informations qui remontent clairement, c'est un point d'amélioration."
Entouré, pendant l'audition, de Sylvain Cariou-Charton et de Christophe Schietse, les président et secrétaire général de l'Union des réseaux congréganistes de l'enseignement catholique (Urcec), seul Philippe Delorme a pris la parole, déclarant encore qu'il "n'est plus admissible, pas admissible, de dire à une personne qui lance une alerte de se taire et que "des consignes seront données, diffusées et contrôlées". "Ce temps est révolu", a-t-il insisté.
Révolu aussi le temps où l'on "voulait protéger une institution plutôt qu'une personne" : "Ça a toujours été le drame. (...) On a vraiment changé là-dessus", a lancé "avec force" le secrétaire général de l'enseignement catholique. "Celui qui ne le ferait pas doit être sanctionné."
En réponse à Alexis Corbière (Ecologiste et social) il a aussi assuré que "non, les châtiments corporels ne sont pas recommandés", mais "condamnés avec fermeté".
Au terme des échanges, le co-rapporteur Paul Vannier (LFI) a dit noter "une avancée importante", "constatant un changement de position très important du Sgec, entre les écrits de novembre 2024 (...) et ce que vous nous dites aujourd'hui". "Tout cela va dans le bon sens", a également considéré sa collègue Violette Spillebout (EPR) pour qui "la commission d'enquête est utile pour lever des incertitudes, des malentendus et faire évoluer des choses".